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Le parfum comme pansement invisible

26 juin 2025
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.

le parfum comme pansement invisible

Vous le savez, j’ai été hospitalisée de nombreuses fois. Trop de fois pour les compter, et assez pour que chaque séjour finisse par ressembler au précédent.

La douleur s’installe, les murs sont blancs, le temps s’étire entre les perfusions et les anesthésies. On attend le passage de l’infirmière, le résultat d’un examen, l’autorisation de rentrer chez soi. Et dans cette répétition, il y a quelque chose qu’on oublie de nommer, parce que ça semble secondaire à côté du reste : les odeurs.


Un jour, pour les faire taire, j’ai remis un peu de parfum. C’était un geste simple, presque anodin, le genre de chose qu’on fait sans y penser quand tout va bien. Sauf que là, rien n’allait bien, et j’ai ressenti quelque chose que je n’attendais plus. Une reconnexion à moi, à mon corps, à ce que j’aimais avant que la maladie ne prenne toute la place. Une manière de me dire que j’étais encore là, que j’avais encore envie de sentir bon, rien que pour moi.

C’est comme ça que ma passion pour les parfums est née. Pas dans une parfumerie, mais dans un lit.


Les odeurs de l’hôpital : une violence invisible

Quand on parle d’endométriose, on parle des douleurs, des opérations, de l’errance médicale. On parle beaucoup plus rarement de ce que notre nez enregistre pendant tout ce temps. Pourtant, l’odorat est le sens le plus directement lié à la mémoire, et il ne demande pas notre avis pour enregistrer.

Le choc est là dès qu’on passe la porte d’un service. Le gel hydroalcoolique, les désinfectants, le plastique, l’air des chambres aseptisées, tout cela forme une sorte de brouillard chimique qui s’accroche à la peau, aux cheveux, aux vêtements qu’on remet en sortant.


C’est une violence silencieuse, mais elle est bien réelle. Elle ne fait pas de bruit, elle ne laisse pas de cicatrice, et pourtant elle reste. Quand on rentre chez soi, on continue de la porter, et il suffit parfois de croiser cette odeur ailleurs pour être ramenée d’un coup dans la chambre, sur le brancard, dans la salle de réveil. Elle finit par devenir un marqueur de douleur, d’impuissance, de ces moments où l’on s’est un peu abandonnée parce qu’on n’avait pas le choix.


Le parfum : une manière de se retrouver, en douceur

C’est là que le parfum intervient. Pas comme un caprice ni comme une coquetterie, mais comme un ancrage. Quelque chose de choisi, dans un quotidien où presque plus rien ne l’est.


Mettre du parfum, c’est reprendre possession de ce corps que les soins, les médicaments et la douleur ont monopolisé. Ce corps qu’on ausculte, qu’on opère, qu’on médicamente, et qu’on finit par regarder comme un dossier plutôt que comme le sien. Se parfumer, c’est se prouver qu’on est encore capable de ressentir autre chose que de la douleur, et qu’on a encore le droit au plaisir.


Avec le temps, j’ai commencé à les associer à des moments précis. J’en ai un pour me donner du courage avant un rendez-vous médical, comme une armure invisible qu’on enfile avant d’y aller. Un autre pour adoucir une fin de journée difficile, quand le corps a trop donné. Et un que je garde précieusement pour les jours où j’ai besoin de me sentir vivante, féminine, présente, même si personne d’autre que moi ne le remarque.


Un parfum, un souvenir, un moment

Je n’ai pas besoin d’un grand flacon pour aller mieux. Un pschitt sur un foulard ou sur un éventail, une touche sur l’oreiller avant de dormir, et ça suffit à changer l’atmosphère d’une pièce, ou d’une journée.

Certains parfums sont devenus mes repères dans le temps. Un pour le matin, quand il faut affronter ce qui vient. Un pour le soir, quand il faut enfin relâcher. Un pour le week-end, pour respirer autrement, comme si l’odeur elle-même me disait qu’on n’était pas dans les mêmes obligations.


D’autres me ramènent à des moments de ma vie, des bons et des moins bons. C’est le revers de cette mémoire olfactive : elle garde tout. (Ceux-là, j’ai encore du mal à les sentir, alors je les laisse au fond du tiroir).


Le parfum comme ancrage sensoriel

Je sais que certaines, en lisant ceci, penseront tout de suite aux perturbateurs endocriniens et aux molécules toxiques des parfums conventionnels. Elles n’ont pas tort, le risque existe, comme dans tant d’autres produits qu’on utilise tous les jours. Et quand on vit avec une maladie hormono-dépendante, la question mérite d’être posée.

Mais est-ce que ça veut dire qu’on doit se priver de tout ce qui nous fait du bien, sous prétexte que tout est potentiellement toxique ? Est-ce qu’après la douleur, les opérations, les traitements et la charge mentale, on doit aussi renoncer au plaisir sensoriel, à cette douceur invisible qui nous raccroche à nous-mêmes ? À un moment, il faut aussi accepter de vivre.


Pour celles qui souhaitent faire autrement, il existe des parfums sans alcool et des marques qui limitent drastiquement les composants nocifs. On peut aussi parfumer ses vêtements, ses draps, ses cheveux ou un simple tissu plutôt que sa peau, ce qui permet de profiter de l’odeur en limitant le contact direct.

Rien ne nous oblige à nous en priver. Il suffit de choisir avec un peu de conscience, et surtout sans culpabilité, parce que la culpabilité, on en a déjà assez comme ça.

Le parfum, ici, n’est pas une coquetterie. C’est un ancrage sensoriel, un repère dans le flou, un geste de réconciliation quand tout semble nous échapper.


Quelques parfums, beaucoup d’émotions

Si je devais en recommander quelques-uns, ce seraient ceux qui m’ont accompagnée dans des moments-clés.

Des parfums qui n’agressent pas, qui enveloppent, avec des notes douces, poudrées, un peu gourmandes. Pas ceux qu’on porte pour plaire aux autres, mais ceux qu’on choisit pour se sentir en sécurité, chez soi, même dans un corps cabossé.

Mes favoris :

* Kayali, Musc

* Diptyque, Eau Duelle

* Bon Parfumeur, 402 Guilty Vanilla

* Une Nuit Nomade, Chemin d’amande

* A Different Company, Pure eVe

* Néa Grasse, Viviane et Simone (Mix & Match)

* Histoire de Parfums, 1826

Je sais qu’il existe aussi des marques aux compositions plus clean, et c’est un sujet qui m’intéresse, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de les tester. Si vous en connaissez ou en utilisez, partagez-les en commentaire, je suis sûre que ça en intéressera plus d’une.


Se parfumer pour se sentir bien

Dans un quotidien où la maladie prend trop de place, dans un corps qui fait mal, dans une vie qu’on raccommode au fil des traitements, le parfum est devenu pour moi une bulle. Un petit geste de bien-être qui ne dépend de personne, ni d’une ordonnance, ni d’un rendez-vous.


Il ne soigne pas, je ne vais pas vous raconter le contraire. Mais il rappelle qu’on est vivante, et quand on vit avec l’endométriose, c’est déjà beaucoup.


Et toi, es-tu sensible aux parfums ? Est-ce qu’il y en a un qui t’accompagne dans les moments difficiles ? Raconte-nous en commentaire.

article mise à jour septembre 2026


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